Je dois l'avouer, j'écoute toujours Jean-Louis Debré avec un grand plaisir. Comme il n'a pas encore eu la joie de m'être présenté, je profite généralement de la radio pour être toute ouïe lorsque je l'entends s'exprimer.  Sourire...Il n'est absolument pas question pour moi de cautionner la moindre orientation politique, mais je dois dire que l'orientation de mes neurônes est totalement dirigée vers ses propos lorsqu'il passe dans les médias. J'apprécie énormément la pétillance avec laquelle il parle, son esprit fin, cultivé et plein d'humour.

Il a déjà écrit de nombreux ouvrages, dont deux ou trois romans policiers qui m'ont déjà tentée, mais je n'avais encore jamais rien lu de sa plume. Lorsque je l'ai entendu évoquer son dernier livre, au moment de Noël, je l'ai immédiatement commandé, même avant sa sortie .

C'est 

ces femmes qui ont réveillé la France

 

 

Cet ouvrage, " Les femmes qui ont réveillé la France" est coécrit par Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek. Il évoque le destin de 26 femmes qui ont provoqué des changements, chacune à leur façon, et se sont battues pour obtenir un progrès de la condition de la femme.

Les auteurs nous racontent les combats de femmes célèbres qui ont été  l'origine de grands progrès, comme par exemple Olympe de Gouges,  George Sand, Marie Curie ou Simone Veil. Les noms de ces femmes sont célèbres et leurs combats ont permis à la condition féminine des avancées majeures.

Mais est-ce qu'aujourd'hui, on compterait des bachelières, des avocates et des femmes docteurs en médecine si Julie-Victoire Daubié ( quel beau prénom!...), Jeanne Chauvin et Madeleine Brès ne s'étaient pas obstinées, bravant refus et rebuffades parfois violents ou humiliants, pour obtenir la reconnaissance de leur titre à égalité avec les hommes?

Ce qui est particulièrement intéressant dans toutes les vies de femmes qui nous sont racontées, c'est qu'il apparaît à l'évidence que  le savoir et l'éducation sont des enjeux majeurs dont certains ont tenté d'exclure les femmes, considérant l'accès de celles-ci à l'instruction ou à des métiers de " pouvoir" comme une menace pour eux, ou pour la société. ( D'ailleurs, aujourd'hui, dans les régions du monde où la condition féminine est la plus menacée, ne constate-t-on pas que ce sont les écoles de filles qui sont les premières cibles?). L'indépendance des femmes qui est la conséquence de l'instruction est-elle si menaçante?

J'ai relevé quelques passages du livre qui sont particulièrement marquants. 

Notre Julie-Victoire Daubié est reçue bachelière en 1861, après force combats et obstination. Mais les autorités administratives de l'éducation représentées par le recteur de l'Université et le ministre de l'Education refusent de lui délivrer le diplôme officiel pour ne pas " ridiculiser le ministère"  (!!!). Elle attendra sept mois, et il faudra l'intervention de l'impératrice Eugénie, pour qu'elle l'obtienne.

Jeanne Chauvin s'est aussi courageusement battue pour pouvoir prêter le serment d'Avocat en 1900. Je ne résiste pas à la tentation de vous citer les raisons invoquées par les milieux judiciaires pour s'opposer à ce que des femmes puissent devenir avocat. Et il faut se rappeler que nous sommes à la veille de 20è siècle, juste avant les années 1900. Lors d'un discours prononcé dans le cadre de la Conférence du Stage  auprès de l'Ordre de Paris  ( qui est une institution très proche de l'Ordre, qui chaque année regroupe les douze avocats remarqués par leurs pairs de par leur  talent oratoire dans le cadre d'un concours d'éloquence), il a été dit que " La profession d'avocat (...) demande une vie extérieure, une domination du public, un côtoiement de la foule qui doivent être interdits à la femme. (...) Le Grec cachait sa femme dans le gynécée, le Romain l'avait placée sous la garde du dieu lare, le musulman l'enferme dans son harem, notre société l'abrite sous le toit protecteur du foyer; il y a là , messieurs, à tous les âges et dans toutes les civilisations, une idée qui est restée la même. La moralité d'un peuple risque de se perdre quand la vie publique des femmes commence.Et qui oserait nier que tous ces dangers (...) ne se retrouvent au premier chef dans la carrière politique et dans l'exercice de la carrière d'avocat?"   ....Et le pire, c'est que le brillant orateur a été applaudi par ses confrères!   Et tel autre, qui ose insinuer que si une femme plaide et " gagne" l'affaire, le magistrat qui rendra le jugement ne pourra qu'être suspecté de s'être laissé convaincre par des arguments autres que juridiques!   ( Il est vrai que la robe noire des avocats laisse apparaître les décolletés!).

Dans le même genre, certains esprits progressistes ont expliqué en 1875 qu'une femme ne peut envisager être médecin " ...qu'à la condition de cesser d'être femme. De par les lois psychologiques,  la femme médecin (...) est une être douteux, hermaphrodite ou sans sexe, en tout cas un monstre" .  Et paf!   On peut dire que celui là fait dans la délicatesse.

Donc pour s'opposer à ce que des femmes puissent entrer dans des carrières jusque là réservées aux hommes, tous les arguments, tout et son contraire, sont bons!

Ce livre est particulièrement intéressant à lire car, à chaque fois, les arguments les plus spécieux ont été avancés contre les revendications de ces femmes. La moindre parcelle d'égalité revendiquée serait, si elle était accordée, une menace extrême pour la société, la propriété privée, responsable du déclin du capitalisme...que sais-je encore.

 J'ai été particulièrement touchée par une histoire, celle de Marguerite Boucicaut. Elle a consacré sa vie, pendant une grande partie du 19ème siècle,  avec son mari, à développer l'entreprise commerciale de la " Société du Bon Marché", mais tout en veillant à ce que le développement de la société soit accompagné d'un progrès social certain. Cette action sociale menée à l'instigation de Marguerite Boucicaut leur a valu, à celle et à son époux, le qualificatif de " patrons rouges".

Je suis heureuse d'avoir découvert cet ouvrage. J'ai lu la majorité des destins de femmes racontés. Je sais que je le reprendrai et relirai parfois ces histoires de vie qui me permettent à moi, en tant que femme , à mes filles, à mes soeurs, à mes amies, à toutes les femmes de notre République de vivre dans une société où l'égalité de droits est un postulat. 

Merci à Jean-Louis Debré, cet homme féministe qui aime les femmes, et à Valérie Bochenek pour cet ouvrage passionnant!